Colloques d’histoire des connaissances zoologiques 3

VON DEN DRIESCH Angela, “ La médecine ethno-vétérinaire dans l’Himalaya tibétain ”, dans BODSON Liliane, éd., Contributions à l’histoire de la domestication. Journée d’étude – Université de Liège, 2 mars 1991, Liège, Université de Liège, 1992, pp. 17-30 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 3). ISSN 0777-2491-3. [En anglais].

Dans le cadre du projet interdisciplinaire que patronne la Deutsche Forschungsgemeinschaft sur l’étude des “ Processus d’installation et de formation des États dans l’Himalaya tibétain ”, une enquête consacrée aux animaux domestiques et à la médecine vétérinaire s’est déroulée durant le mois de juillet 1990 dans plusieurs villages du district de Mustang au Népal. Elle a permis d’établir que les animaux malades sont traités par les guérisseurs indigènes qui opèrent selon les traditions du système médical lamaïstique. Ils tirent leurs connaissances de deux sources : l’information qui se transmet oralement de génération en génération et celle que livrent des traités spécialisés dont l’origine remonte au haut Moyen Âge.

GAUTIER Achilles, “ Domestication animale et animaux domestiques prétendument oubliés ”, dans BODSON Liliane, éd., Contributions à l’histoire de la domestication. Journée d’étude – Université de Liège, 2 mars 1991, Liège, Université de Liège, 1992, pp. 31-36 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 3). ISSN 0777-2491-3. [En français].

Tenant compte des multiples travaux allemands sur les aspects biologiques du phénomène, nous circonscrivons la domestication comme un processus de micro-évolution déclenché par l’isolation d’un nombre restreint d’individus d’une espèce sauvage particulière dans une niche écologique spéciale, établie par l’homme, obligeant ces animaux à vivre et à se reproduire sous sa tutelle. Cette micro-évolution paraît être marquée par la rapide apparition de traits dits domestiques (50 à 100 générations ?). Les aspects micro évolutifs n’ont pas toujours été retenus par les définitions récentes de la domestication et on a même confondu sous la notion plusieurs formes de contrôle culturel intensif, appliquables à des animaux : chasse hautement sélective, parquage, apprivoisement, etc. On a aussi trop insisté sur la distinction entre un “ animal domestiqué ” (sans traits domestiques) et un “ animal domestique ” (à traits domestiques) et sur le fait que certaines espèces auraient pu être domestiquées temporairement dans le passé, sans acquérir de caractères domestiques. Ces animaux seraient difficilement détectables par les archéozoologues non avertis. La liste des éventuels animaux domestiques oubliés comprend, entre autres, le cheval (domestication temporaire au Paléolithique, définitive à l’Holocène), le renne, plusieurs autres cervidés, le renard et même un petit rongeur : le loir. Les preuves avancées en faveur des domestications oubliées sont toutes très insuffisantes. Dans la meilleure hypothèse, les données peuvent s’expliquer par un contrôle humain intensif, mais non assimilable à la domestication. En outre, la grande vitesse, à l’échelle des chronologies préhistoriques en vigueur, de l’apparition de traits domestiques fait que la notion d’animal domestiqué s’avère très théorique et peu utilisable. L’adoption d’une définition précise de la domestication animale par tous les chercheurs concernés évitera certainement la confusion sémantique et la vaine spéculation dont a témoigné, au cours des dernières décennies, le débat sur cette activité typiquement humaine.

LIMET Henri, “ Le cheval dans le Proche Orient ancien (domestication, entretien, soins) ”, dans BODSON Liliane, éd., Contributions à l’histoire de la domestication. Journée d’étude – Université de Liège, 2 mars 1991, Liège, Université de Liège, 1992, pp. 37-55 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 3). ISSN 0777-2491-3. [En français].

L’exposé a deux objectifs. Il vise d’abord à préciser –c’est à dire à reculer, en fait, dans le temps– la date de l’apparition et de la domestication du cheval dans le Proche Orient ancien. Celles ci remontent au moins au début du IIe millénaire et l’on est fondé à admettre que les chevaux étaient connus à la fin du IIIe millénaire dans la zone étudiée. Ceci est établi en dehors des données archéologiques qui restent sujettes à caution (les ossements retrouvés permettant d’identifier les équidés, mais pas toujours, parmi eux, le cheval). Il est dès lors justifié de revoir les théories selon lesquelles le cheval aurait été introduit au Proche Orient par les Indo Européens. Le second point à traiter est la présentation des textes orientaux de caractère vétérinaire. On a retrouvé à Assur, datant de l’époque assyrienne moyenne (= XIVe XIIIe siècle avant J. C.), des fragments de textes contenant des conseils pour l’entretien normal des chevaux : nourriture, propreté, précautions à prendre. Il existait un traité analogue chez les Hittites, qui a été étudié il y a plusieurs années. Les fragments assyriens ont été édités par Ebeling, en 1951. Je me propose de les commenter. D’autre part, des textes ougaritiques, de la même période, sont consacrés, pour l’essentiel, aux maladies dont souffrent particulièrement les chevaux, d’où le nom de Textes hippiatriques que leur a donné leur dernier éditeur et commentateur D. Pardee (son ouvrage est paru en 1985). On a de bonnes raisons de croire qu’en ce domaine, les Assyriens disposaient aussi d’un traité. Il n’en subsiste que de misérables lambeaux.

VAN DAMME Dirk & ERVYNCK Anton, “ Furets et lapins médiévaux au château de Laarne (Flandres orientales, Belgique). Contribution à l’histoire d’un prédateur et de sa proie ”, dans BODSON Liliane, éd., Contributions à l’histoire de la domestication. Journée d’étude – Université de Liège, 2 mars 1991, Liège, Université de Liège, 1992, pp. 57-68 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 3). ISSN 0777-2491-3. [En anglais].

À la fin de la période glaciaire, l’aire du lapin de garenne se limite à la Péninsule ibérique et au nord de l’Afrique. Selon les idées généralement admises, les moines furent les responsables de l’introduction de cet animal en Europe occidentale au cours du Moyen Âge. Par son élevage, ils auraient disposé en permanence de lapereaux nouveau nés (laurices) qu’ils pouvaient notamment consommer durant le Carême. Le rôle joué par les monastères dans l’expansion du lapin de garenne ne peut être contesté. Mais il est avéré aujourd’hui qu’il ne fut pas le seul. La noblesse féodale elle même n’a pas été étrangère à cette diffusion. De nombreux témoignages littéraires et les lois régissant la chasse à l’époque montrent en effet que les propriétaires médiévaux se mirent à garder des lapins dans des enclos appelés garennes. Les règlements et les relevés de taxes permettent d’établir que les lapins étaient élevés pour leur fourrure, celle ci étant un des privilèges de la classe supérieure. Le peuple n’avait, lui, aucun droit de chasser le lapin, pas même en dehors des garennes. Jusqu’à une époque encore récente, l’absence à peu près totale du lapin dans les témoignages archéozoologiques avait conduit à la conclusion qu’une fois dépiauté, l’animal n’était pas consommé. Des fouilles effectuées en Belgique, sur le site de châteaux de la fin du Moyen Âge, ont produit des ossements de lapin qui autorisent à reconnaître que l’animal a été consommé, même s’il n’apparaissait sur les tables qu’occasionnellement et comme une rareté culinaire plutôt que comme un aliment usuel. La méthode la plus commode pour capturer les lapins dans les garennes consistait à utiliser le furet. La domestication du furet Mustela putorius semble avoir été étroitement liée à l’industrie du lapin. Comme ce dernier, le petit carnivore demeura un privilège des riches. I1 était interdit aux gens du peuple d’en posséder. Pour la première fois dans l’archéozoologie du continent européen, des restes de furet ont été exhumés à l’occasion de la fouille menée au château de Laarne (Flandres orientales). Ces diverses trouvailles ne permettent pas d’expliquer d’où vient le lapin domestique, qui est lui même un produit récent. Les animaux gardés dans les garennes ne peuvent en effet être considérés comme des sujets domestiques. Les sources historiques suggèrent que l’élevage en cage ne commença qu’à la fin de la période féodale, quand les lapins eurent cessé d’être un privilège de caste. La question de savoir si les monastères ont contribué à ce développement postérieur reste posée.

CALLEBAUT Bruno, “ Approches linguistiques de la domestication : les noms des rapaces en fauconnerie et en zoologie ”, dans BODSON Liliane, éd., Contributions à l’histoire de la domestication. Journée d’étude – Université de Liège, 2 mars 1991, Liège, Université de Liège, 1992, pp. 69-81 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 3). ISSN 0777-2491-3. [En français].

En comparant les nomenclatures de la fauconnerie et des rapaces (en zoologie scientifique et populaire) avec les terminologies relatives aux animaux domestiques, j’ai voulu étudier l’impact de la domestication sur les procédés de dénomination des animaux. Il apparaît bien sûr que plus la distance s’accroît entre l’homme et les animaux, moins il y a de liens fonctionnels et moins les nomenclatures sont précises. Ce n’est que pour les animaux avec lesquels l’homme a des rapports de domination institutionnalisée qu’apparaît un trait particulier, l’existence de noms de niveau “ infra spécifique ”, distinguant encore à l’intérieur d’une espèce des types ou variétés. La terminologie pour les oiseaux de chasse est analysée à cet égard. Le statut spécial de ces oiseaux, qui ne sont pas à proprement parler domestiqués, amène la conclusion que la langue est indifférente à la distinction abstraite entre animaux domestiques et autres. Les traits des “ nomenclatures d’animaux domestiques ” se retrouvent également pour les quelques autres groupes d’animaux avec lesquels des rapports de domination ont été instaurés, à savoir les oiseaux de chasse et les espèces les plus importantes de gibier.

MERCIER Michel, “ Utilisation de singes capucins comme aide aux personnes ayant une déficience physique ”, dans BODSON Liliane, éd., Contributions à l’histoire de la domestication. Journée d’étude – Université de Liège, 2 mars 1991, Liège, Université de Liège, 1992, pp. 83-88 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 3). ISSN 0777-2491-3. [En français].

Depuis plusieurs années, le Département de Psychologie de la Faculté de Médecine de Namur développe des enseignements et des recherches dans le domaine de la réadaptation fonctionnelle et sociale de personnes handicapées. La fréquence des accidents de la route aux conséquences graves devenant de plus en plus grande, on retrouve dans les centres spécialisés de plus en plus de personnes handicapées tétraplégiques. Le docteur Mary Joan Willard (Boston, U.S.A.) a eu l’idée, il y a douze ans, de venir en aide à ces grands paralysés grâce à la domestication de petits singes conditionnés à cet effet. Le Département de Psychologie tente, depuis un an et demi, de transférer ce programme en Europe, en collaboration avec le Centre hospitalier de réadaptation fonctionnelle de Kerpape (Lorient, France). Ce projet présente à la fois un intérêt pratique d’aide aux grands paralysés et un intérêt scientifique dans le domaine de la réadaptation et de la connaissance des relations homme animal. Le programme propose comme intervention de familiariser au contact humain et d’accoutumer à l’environnement de personnes handicapées des singes capucins nés au sein de la colonie de Namur (phase de socialisation) ; les animaux seront ensuite dressés de manière à fournir une assistance manuelle permanente et individualisée à une personne ayant des déficiences majeures sur le plan moteur (phase d’apprentissage par conditionnement). Il est utile de préciser que l’animal ne se substitue en aucun cas aux autres formes de ressources (humaines et matérielles) ; il sert d’agent intégrateur de la personne handicapée. Le singe outil et compagnon aura une incidence appréciable et positive en étant capable d’effectuer, sous l’ordre de la personne handicapée, des tâches quotidiennes répétitives ; il sera un facteur important d’autonomisation et, de plus, la responsabilisation, la sensibilisation à la vie animale et aux principes du contrôle du comportement seront accrues pour la personne handicapée ; enfin, le tétraplégique ayant un tel animal de compagnie pourra participer à la formation d’autres personnes désirant bénéficier du programme. Le projet pourra être un facteur d’autonomisation, de valorisation et d’augmentation des rapports sociaux. Le singe devrait jouer auprès du tétraplégique un rôle similaire à celui que joue le chien auprès du non voyant. Le programme vise à arriver, à titre expérimental, au conditionnement d’une dizaine d’animaux au profit d’une dizaine de personnes tétraplégiques fonctionnelles et à mettre en place les structures indispensables pour une éventuelle extension de ce type d’aide.