Les photos qui se prennent toutes seules, c’est-à-dire sans intervention voulue de la part du photographe.

 

Il serait logique qu’elles filent toutes incontinent à la poubelle. Une telle photo qui se sauve en dit long sur le peu d’auteur qu’il y a dans toute photo prise consciemment et réussie. On sait que c’est un de mes thèmes favoris, ce caractère ténu de la notion d’auteur unique en photographie.

 

Mais bien sûr si je veux rester tout à fait honnête, je dois montrer maintenant une photo qui s’est réellement et totalement faite à l’insu de son auteur. On est tenté de retoucher, de reprendre presque la même, mais en altérant tel ou tel détail (par exemple faire disparaître ce genou de jeans dans le coin inférieur droit), etc.

 

Je ne le ferai pas. La photo ci-dessous s’est vraiment prise toute seule ; je l’ai découverte seulement au moment de faire la vidange de la carte mémoire de mon appareil. Je l’ai baptisée Sans moi, …  sans trop réfléchir :

 

 

 

[Marche-en-Famenne, hiver 2006]

 

Ce n’est évidemment pas une bonne photo (mancherebbe altro …), mais avec ses vives arêtes de lumière elle n’est pas entièrement nulle, et je dois dire que ça doit gêner un peu. Mais si nous la détournons pour en faire une leçon d’humilité, je trouve qu’alors elle a une fonction dans ces Cahiers. C’est le réel qui est admirable, c’est lui que nous devons apprendre à voir, c’est sur lui qu’il faut nous arrêter de temps en temps. Le temps d’une photo ? Je dirais plus volontiers le temps de la photo, extensible à l’infini. Cela a été, et cela, à présent, et grâce à la photo, est.


 

La photo est terrible.

Il ne faut surtout pas

s’y habituer.

Voici comment.


Je te donne Pascal

(par Nadar ? Cartier-Bresson ? Avedon ?

tu vois, je te donne aussi le choix).

Tu pourrais croiser son regard.

Ce ne serait pas un des quelconques regards qui lui permettaient
à lui comme à nous, misérables,

de ‘fonctionner au quotidien’, comme on dit maintenant,
couramment, petitement.

 

Ce serait le regard de Pascal.

Tu pourrais t’illusionner d’être là avec lui
dans un de ces mondes que tu inventerais
et qu’il connaissait si bien.

Mais cette illusion,
toi,
tu possèdes peut-être quelque chose
de mieux ?

Que regarder une photo
et vivre quelques instants
sous son regard ?


 

And so we’ve reached the end of the (first ?) series of the Cahiers de Toile.

Hope you’ve enjoyed them.

 

See you soon,

 

Archibald