Documentation et détournement du document

 

La coppa : la coupe du monde de football été 2006 ou ‘les réjouissances(?) après la victoire de l’Italie’

 

La photo peut servir, et sert d’ailleurs le plus souvent, à documenter. Mais le vocable document n’a que l’apparence de l’objectivité, on ne le sait que trop bien à présent.

 

On peut opter pour un ‘reportage’ qui décide résolument de faire voir sous un certain angle, de présenter une interprétation, et le spectateur en fera ce qu’il voudra. L’essentiel est qu’on n’ait pas tenté de le tromper.

 

Pour que les choses soient claires, j’annonce donc que très délibérément j’ai voulu faire voir combien des réjouissances populaires nocturnes, au demeurant bien innocentes, voire ‘bon enfant’, s’apparentent néanmoins à l’émeute dans une vision qui souligne le caractère menaçant de toute foule en action.

 

La méthode est l’acquisition lente, sans flash ; les éléments contributifs sont les fumées, phares giratoires et drapeaux agités en tout sens. 

 

 

Le panneau indicateur fait office de bouclier ou d’étendard géant, détaché sur un fond de fumée qui semble naître d’un incendie au rez-de-chaussée des bâtiments du fond gauche. Le puits de nuit qui occupe tout le reste du plan gauche répond à cet étendard et accentue la menace présente dans toute l’oblique de lumière.

 

 

 

 

Ici on est l’objet d’une recherche impitoyable, on n’échappera pas à ce flot de lumière qui a réduit les murs eux-mêmes au statut de simples éléments de décor de théâtre, sans réelle solidité ou consistance. Une forme fantomatique vient occuper le premier plan, et l’hublot de lumière pure se place au niveau de sa tête, et devient le regard de cette tête tournée vers nous, vers toi.

 

 

 

Au cœur de l’émeute : toute lumière participe d’un incendie ; on n’y voit pas assez clair pour capter des événements, et, en leur donnant un nom, les apprivoiser.

 

 

 

 

Cette tête à l’avant-plan n’exprime rien ; les personnages participent à quelque chose qui les dépasse, qu’ils ne comprennent ni ne maîtrisent. Le Vittoriano, la célèbre ‘machine à écrire’, est ici simple décor de théâtre.

 

 

 

 

Dans le cœur rougeoyant : forge de quelles forces ; drapeaux et armes de quel combat ?

 

Fait partie de cette série également le lugubre Hommage à Ensor, dont j’ai déjà parlé, et que je reproduis ici pour clore dignement ce regard tout particulier sur la liesse populaire :

 

 

[toutes les photos de cette livraison : Rome, nuit du 9 au 10 juillet 2006]

 

Quite a night. Had you been there, ‘I know you wouldn’t disagree’ (Paul Simon)

 

Cheers,

 

Archibald.