La photo de texte.

 

Le texte est objet licite de la photographie. Tout d’abord car le texte est fait de signes, et ces signes sont aussi des objets. On peut dé-signer les signes, afin qu’ils ne désignent plus qu’eux-mêmes.

 

On peut aussi promouvoir le texte en faisant de ses signes des calligraphies qui s’ignoraient jusqu’à cette promotion, pour la bonne et simple raison qu’on courait au message. Tout ce qui freine est bon…

 

Je commencerai par une des photos de la série Transit morontiel, dont j’ai déjà montré quelque chose. Le texte est ici présenté comme partie intégrante de l’œuvre d’art et sa matérialité est soulignée par les rousseurs du papier (lequel est foxed comme disent les Anglais, rather charmingly) :

 

 

[Trégor, hiver 2006 – José Strée, Transit morontiel, lithographie]

 

Les différents plans sont étendus comme des aplats de couleur ; les deux serpents (?) sont en dialogue, le titre est doublement cité : par les guillemets d’abord, par sa promotion photographique ensuite.

 

 

Les textes ne sont pas destinés à être lus en photo, du moins s’ils vont au-delà de quelques lignes. On peut se servir d’un texte en partie lisible, ce sera à la fois un texte et un objet. On peut passer par la métaphore, mais elle ne sera pas du goût de tous. Voici, précisément, L’objet :

 

 

 

[Marche-en-Famenne, printemps 2006]

 

Vous aurez reconnu le texte de Rose et Eglantine, je n’en doute pas un seul instant ;)

 

On peut donner à la photo de texte un sens plus riche, qui convie à une réflexion sur les rapports entre le mot et la chose. Le corps est sans doute pour nous la plus concrète de toutes les choses, la première que nous explorons, que nous définissons par rapport à ce qui n’est pas elle. En même temps, cette chose n’est pas vraiment une chose, puisqu’elle est nous.

Le corps inscrit, le mot c-o-r-p-s, n’est plus qu’une séquence de lettres, mais la photo de cette séquence reprend corps, précisément. Ce n’est pas le mot corps, mais son inscription, qui rend corps au corps ; c’est L’inscription du corps :

 

 

[Trégor, printemps 2006]

 

Hope you’ve enjoyed this little philosophical walk…

See you next week then.

Cheers,

 

Archibald