La vie antérieure – l’œuvre d’art, encore, utilisée, encore, mais n’est-ce pas une belle mise en valeur ?

 

 

Je dois avouer que j’aime beaucoup cette photo, mais que je ne sais où la mettre. Mets-la à ton mur, me direz-vous. En effet, c’est peut-être ce qu’il convient de faire : la regarder, renoncer à en parler. Mais ces Cahiers ont pris une autre direction, celle de la parole, celle du flot discursif, et La vie antérieure est peut-être elle aussi, en partie, à dire.

 

Je la range dans les inclassables, ce qui n’est pas un très bon départ, puisque on est d’emblée privé du support offert par une catégorie. Je suis absolument certain d’avoir choisi le titre qui lui convient, qu’elle appelle, mais il est lui-même de l’ordre du mystère, de ces choses que l’on sait que l’on sait, mais sans pouvoir ramener ce savoir à la surface.

 

On peut commencer par en étudier le caractère incongru – le rouge des tomates, le fruit de gauche touché de lumière, la mouche du fruit et son ombre, cette courbe qui passe le relais à l’ombre de l’appareil et des mains qui le manipulent, cachant un regard que l’on ne fait que sentir. La photo est plusieurs fois scindée, en des positions qui devraient se révéler antagonistes et peu harmonieuses, mais que le deuxième plan désamorce : c’est le plan de la double représentation, la légère aquarelle japonaise et tout le jeu des ombres qui semblent faire partie d’un univers distinct mais du même ordre ; l’insecte et la feuille se répondent, le tronc sur lequel l’insecte est posé semble dessiné avec des ombres, comme l’est le ‘dessin’ des ombres à droite, en dehors de l’aquarelle.

 

Les plans eux-mêmes, à l’arrière, subissent un fléchissement où s’incurvent et s’adoucissent les verticales, que ce soient celles du plan d’ombres ou celles de l’aquarelle – ici encore, le même ordre règne, celui de la Vie antérieure, qui est nôtre, mais où nous ne pourrons jamais retourner.

 

Je le disais d’entrée de jeu – une utilisation de l’œuvre d’art – une belle œuvre dont je ne sais rien, elle me fut offerte par Jacques Noël au retour d’un voyage au Japon – on dirait qu’il s’agit d’une double planche sur carton, extraite d’un ouvrage de botanique ou d’entomologie, qui sait ? Une utilisation donc, mais qui respecte, je crois, la légèreté de l’œuvre, sa simplicité profonde, son mystère.

 

I can only hope you won’t disagree too loudly (we are all well-behaved, aren’t we ?)

 

Cheers,

 

Archibald