Le sens invité.

 

Une photographie peut être la photo d’une chose et se faire voir comme la photo d’autre chose, notamment quelque chose dont il n’existe pas de photo. On peut travailler dans deux registres : soit on masque la chose originelle, elle n’est plus reconnaissable, et l’autre chose acquiert ainsi une image que l’on ne peut pas rattacher au monde qui nous est familier ; soit, et c’est la démarche suivie ici, la chose originelle est on ne peut plus facile à reconnaître, et le choc interprétatif provient précisément de l’écart entre la chose photographiée et l’interprétation qui est donnée à la photo par son titre.

 

On pourrait prétendre que la série Visages de Dieu véhicule une théologie. Le mouvement de la série est vers un Dieu de plus en plus caché, un visage fermé, obtus – une interprétation pessimiste du verus Deus absconditus : nous le forçons à se cacher, nous le piétinons, nous écrasons sa face, nous le couvrons à la hâte de nos expédients, etc.

 

Ici encore, il importe de voir toute une série, à 6 ou à 10 éléments, pour bien percevoir l’évolution, l’involution, le repli sur soi, le retrait – ou le déni.

 

Tout le monde sait et voit qu’il s’agit d’éléments de la voirie ; ici, tout est dans le mouvement interprétatif : à accepter, à refuser, à récuser – trois démarches.

 

Le visage est d’abord marqué, clair, détaché :

 

 

Il remplit soigneusement le cadre ; la prise de vue est frontale. Nous ne comprenons pas, bien évidemment ; ce visage n’est pas humain, il n’a rien à nous dire, il vit à côté de nous.

 

 

Graduellement il s’abîme, se salit ; les traits s’estompent, s’obscurcissent :

 

 

La prise de vue suggère à présent l’écrasement (le détail qui crée ce sentiment est la disparition de la petite boucle rectangulaire dans la partie supérieure droite).

 

 

La série se clôt sur un effacement quasi complet ; le visage est maintenant grossièrement aveugle ; Dieu s’est totalement dérobé, ou nous l’avons totalement obscurci, ou cette alternative est une répétition.

 

 

On remarquera le débordement du tarmac, qui n’est pas entièrement dans le cadre ; le visage est toujours là, mais présent seulement par ce cercle de fer, et ce numéro rouge à peine perceptible.

 

[ces trois photos : Aye, printemps 2006]

 

Il y a seulement que notre coeur s'est endurci jusqu'à se fendre. Il y a seulement que l'amour, si léger quand il touchait votre peau, qu'en avons-nous fait, hélas, voyez seulement ce que nous en avons fait.  (Ante faciem venti, 30)

 

Well, don’t let that get you down, folks, after all it’s all and only fiction, isn’t it ?

 

Cheers,

 

Archibald