Le reflet générateur d’univers.

 

L’univers du reflet est d’abord un univers renversé. De ce renversement, de cette inversion bien connue de l’esthétique baroque, surgit une défamiliarisation qui peut suggérer la réflexion d’Hamlet à Horatio : there are more things in Heaven and earth, Horatio, than are dreamt of in thy philosophy (je cite de chic).

 

On n’est pas loin alors de la création d’un univers parallèle. Quelques éléments additionnels et on ne pense plus en premier chef au reflet comme source de cet univers, mais on l’accepte en tant que tel, univers indépendant qui ne souffre plus d’un manque d’être. La photo contribue grandement à cette promotion d’univers par sa propriété intrinsèque qui est celle de ne pouvoir donner que des représentations qui s’offrent comme objets, et non des objets qui s’offrent comme représentations (ce qui est le cas des autres arts).

 

Tentons de montrer cela concrètement, c’est-à-dire ici par une photo. J’ai choisi Naissance de l’électricité :

 

 

[Marche-en-Famenne, printemps 2006]

 

Les éléments additionnels dont je parlais sont ici avant tout le titre, qui suggère que la photo n’a pas pour sujet le reflet d’un arbre dans une étendue d’eau, et ensuite, le réticulé et la couronne de points lumineux qui peuvent en effet évoquer la naissance mystérieuse d’une lumière autonome et crépitante.

 

Je poursuis cette exploration d’univers indépendants avec La cérémonie du thé, où il n’y a ni thé ni cérémonie, double preuve que le titre est excellent ;) :

 

 

[Trégor, printemps 2006]

 

Ici encore, on l’aura compris, le titre vise la défamiliarisation. Ces feuilles pourraient-elles être des feuilles de thé ? Je n’en sais rien, à dire vrai. Ici elles ont pour fonction de présenter un univers de surface, auquel s’opposent deux autres univers, celui des profondeurs, d’où s’étire cette tige qui parvient juste à faire irruption dans l’univers de surface, et celui du rêve, à la fois plus profond que le profond et plus superficiel que celui de surface, rêve dont la mise en corps est ici confiée au reflet.

 

Encore plus mystérieux ? Tournons-nous vers En cet autre pays :

 

 

[Serinchamps, automne 2006]

 

Quel est ce pays à demi géométrique et épris de gris ? Et que sait-on de plus quand on sait de quoi il est fait, je veux dire quels sont les éléments réfléchis, et sur quelle surface ? Il faut accepter ce pays comme un pays à part entière – il y a seulement que ce n’est pas le nôtre et que son habitabilité ne sera jamais pour nous. En cet autre pays nous ne sommes pas, et ne serons jamais.

 

Well, we’ve been places, haven’t we ?

 

Cheers,

 

Archie