Retour au reflet.

 

Le reflet peut occuper une partie bien définie de la photo, jusqu’à faire toile, si je puis m’exprimer ainsi. Aussi n’est-il pas facile, ni nécessaire, d’immédiatement l’identifier comme tel dans La gauche et la droite :

 

 

[Rome, été 2006]

 

On a l’impression d’un accrochage particulier à une exposition de peintures ou encore à un livre ouvert, avec la page de gauche illustrée. La division de la photo selon l’oblique brisée en un point harmoniquement ‘intéressant’ et la différence ressentie d’épaisseur entre les blocs gauche et droit, soulignée par l’ombre portée sur le bloc de droite, fait de cette photo avant tout une composition. Mais le reflet y joue un rôle capital, il permet à la ‘toile’ de prendre un caractère presque magrittien, et la lampe joue pleinement le jeu de l’insolite.

 

On peut aussi capter le reflet pour son chatoiement, sans se soucier d’identifier ce qui est reflété. Ce seront alors les nuances de couleur, et le caractère figeant de toute photographie, qui devront assurer la qualité esthétique du résultat. Je propose Rives en approximation :

 

 

 

[Rome, été 2006]

 

Le mouvement figé concerne non seulement les deux courbes interrompues mais aussi le reflet désaxé par rapport à elles, qui dans un même moment les met en mouvement et les fige. Tout ce jeu est renforcé par l’alternance des couleurs, réparties en bandes sombres et claires.

 

Le reflet pour lui-même est aussi un élément constitutif de premier plan dans Projet pour une toile, qui relève aussi de l’esthétique du rebut/détritus, que j’aborderai prochainement dans ces Cahiers. Mais pour introduire cette toile splendidement vide sur le mode humoristique je reviens un instant à R&E, même si nous ne sommes plus à Rome mais dans le Trégor.

 

Rose Églantine
Sandro Botticelli

ne perdrait pas son temps
avec vous

j’imagine sans peine

les lignes que l’on suit
hors cadre
là où elles mènent

les pinceaux délaissés

le grand ciel inondé de lumière
remplira seul la toile

son meilleur portrait

le vôtre aussi

Voici donc Projet pour une toile :

 

 

[Trégor, printemps 2006]

 

La lumière du ciel s’y reflète comme si elle avait été étendue au couteau dans l’atelier de l’artiste. Les détritus d’algue ponctuent, et le point de plastique bleu, au centre ressenti, fournit l’anti-sujet.

 

Restons dans le Trégor pour explorer cette fois la fonctionnalité du reflet et de sa compagne, à savoir l’ombre, sur laquelle je reviendrai également. Considérez Bout à bout :

 

 

[Trégor, printemps 2006]

 

Cette photo est assez inconcevable sans à la fois le reflet et l’ombre. Le reflet permet cet élancement oblique qui ouvre la photo, la fait respirer. L’ombre permet la création de cet arc fendu par cette mise bout à bout du personnage et de son ombre, et c’est ce procédé que le titre met en exergue, plaçant la photo résolument du côté des compositions.

 

Let’s call it a day, shall we ? More next week, not to worry…

 

Archibald