De la bonne utilisation du flash – pour moi, c’est : essayez d’abord sans le flash, à moins que vous ne vouliez un document – nous serons donc sans flash à Rome, comme la pauvre Lucy à Santa Croce sans son Baedeker dans le très charmant Chambre avec Vue (A Room with a View).

 

Bien sûr, sans flash l’acquisition sera lente, et tout mouvement créera du flou (mouvement du photographe, mouvement sur la scène photographiée). C’est pour cela qu’il faut accepter de renoncer entièrement à la fonction document que véhicule normalement toute photographie.

 

La lumière fera tout l’intérêt de telles photos et en accroîtra le pouvoir évocateur. Les titres pourront ambitionner de mettre ce pouvoir en exergue. C’est, je crois, le cas pour les deux photos que je livre maintenant, à savoir La trace et Un couple :

 

 

[Piazza del Popolo, Rome, été 2006]

 

 

[Piazza Navona, Rome, été 2006]

 

J’ai donné des indications précises quant à l’endroit pour faire voir que des lieux mille fois photographiés (le mille n’est pas à prendre littéralement – on doit déjà être bien au-delà, dans les millions) peuvent encore ‘donner quelque chose’ – voire donner beaucoup, mais je crois qu’il faut être à leur diapason au moment où on prend – et surtout au moment où on regarde – de telles photos.

 

Une dernière photo de Rome, intitulée Cadences :

 

 

[Piazza di Pietra, Rome, été 2006]

 

Ce sont ces couleurs chaudes obtenues le soir qui permettent de se cadencer et de s’équilibrer par leur vibration contenue, soutenue par la disposition des masses et les différences de structure et de texture. Les anfractuosités créent des puits d’ombre qui mettent en valeur la chaleur de cette lumière. Nous sommes Piazza di Petra, et ce mur, avec bientôt deux dizaines de siècles d’existence, mérite bien cet hommage.  

 

 

Je ne voudrais pas donner l’impression que je rejette le flash de manière absolue – j’utilise volontiers son reflet, comme on l’a vu dans L’ère du soupçon. Dans la série Transit morontiel, je l’utilise pour le granulé de la lumière dans la première des deux photos qu’on va voir à présent, et pour placer la boule de feu dans la tête du prophète dans la deuxième. Les voici :

 

 

 

 

[les deux photos ci-dessus : Trégor, hiver 2006]

 

Next week in Rome with a story to tell… See you there,

 

Archibald