Cette semaine nous la passons à Rome, au Cimetière des Accatolici,  en compagnie de Rose et Églantine.

au cimetière des accatolici

ici on vient pour Keats et Shelley
ici on vient pour Gramsci
moi j’apporte aux ombres
vos images

vous vous faites ici
plus légères encore
un rai de lumière sur les tombes

un sou pour les chats
deux sous pour les jardiniers
une heure encore avec vous

tout se compte

eux le savent qui une dernière fois
trébuchèrent

et que le temps est cet oiseau
qui nous frémit dans la main
et veut qu’on le lâche

 

Il nous faut des images. Je commencerai avec Hache :

 

 

Cette hache est une pure construction du hasard et de la lumière. Ce qui m’a intéressé ici, c’est précisément cet objet qui n’existe pas, posé contre un mur qu’il marque de sa trace, en équilibre avec cette autre élément tombal, tant par les valeurs chromatiques que par le jeu de la lumière. L’ensemble respire sérénité et équilibre, même si le bois dit l’instant, la fragilité de toute construction.

 

 

 

Je ne pouvais laisser de côté Gramsci. La fourche de l’arbre et la guirlande de lierre amènent ici toute la vie dont l’au-delà a résolument besoin. Ils sont reflétés dans le rameau sculpté sous l’inscription et prennent par là un caractère emblématique et précieux.

 

Humour toujours, comme disait l’autre. Le pauvre Keats et son compagnon d’infortune Joseph Severn dans ce La deuxième fois :

 

 

C’est encore la lumière qui m’a fasciné ici (elle est vraiment glorieuse dans ce cimetière, c’est elle qui distribue les cadeaux), cette lumière oblongue qui a la même forme que le brisé de la plaque, si bien que le monument se refait, se reconstruit – aidé de la lumière, Keats reprend les choses en main. 

 

On voit que ce cimetière offre bien plus que des tombes au photographe qui sait garder l’œil ouvert et son objectif … à l’esprit ! Un petit tour d’intendance m’a procuré Je reviendrai :

 

 

 

J’aime l’âpreté de ce visage sur ce médaillon ‘à placer’, j’aime le ‘tout désaxé’ de cette photo, j’aime aussi l’ombre jetée en taches, le caractère provisoire de tout l’agencement, mais que la photo hisse au niveau du ‘définitivement provisoire’, jouant à plein son rôle de capter l’instant, cet ‘avoir été comme ça’ qui est de l’essence de la photo et fait quatre-vingt dix pour cent de sa fascination.

 

 

Cette semaine je signe :

 

 

[toutes ces photos : Rome, Cimetière des Accatolici, été 2006]