Bien, je crois qu’il est temps que nous partions pour Rome, en image et en texte. Commençons de manière très austère (avec Étendu), on se rattrapera.

 

 

[Rome, été 2006]

 

Et le texte qui pourrait l’accompagner :

Rose Églantine
la mienne et la vôtre
la mienne de colonnes brisées
en tronçons sur l’herbe sèche
la mienne étendue, gisante, rendue,
vaincue,
horizontale

la vôtre aux volets entr’ouverts
Rome de persienne et de gaze
filtrée légère
superposée
Rome de lumière

des petits pois de soleil
sur les épaules d’ Églantine
un portable posé
sur le ventre de Rose
presque un oiseau

je n’ose plus vous toucher

 

Il y a donc une autre Rome. Bien, nous y reviendrons, mais celle-ci mérite qu’on s’y attarde un instant. La photo est prise à deux pas du Colisée – laissons tomber, une fois pour toutes, ce qui a été tellement photographié, ce qu’on photographie tellement, qu’on ne peut littéralement plus l’approcher – avec un regard neuf, du moins. Mais à quelques pas, cette croix jetée à terre, cet arbre sec qui donne la courbe comme on donne le la, ces blocs qui se contentent d’être, le pigeon qui dit qu’ils sont là, le sec qui s’entend presque autant qu’il se voit, il y a de quoi faire, comme dit mon ami Bozon du jeu des mille euros (mille francs au temps des francs…).

 

Vues de Rome – eh bien non. Photos de Rome, eh bien non encore si on prend le de comme on le prend d’habitude dans ce syntagme.  Photos de Rome, c’est-à-dire en provenance de Rome, générées par Rome – mais le sujet est le sujet de chacune, et si Rome se compose, c’est in the eye of the beholder, comme cette beauté que l’on poursuit ou que l’on évite à force d’éviter le joli, ce dernier certes aussi haïssable en photographie que le Moi pour Pascal.

 

Nous voilà prêts pour le grand voyage, le voyage d’Italie comme on disait jadis, et nous entrons tout de suite au cœur du cœur, à Rome. Mais s’il y faut une invitation au voyage, on se contentera de quelque chose de léger, afin que Baudelaire reste sans rival (le ;) est ici de rigueur).

 

Rose Églantine
que dites-vous si
je vous emmène à Rome ?

ah ! il faut vous séduire
on n’y arrive ni
avec le Colisée ni
avec le Capitole

on y arrive en train
quelque part entre Fiumicino et Ponte Galeria
alors que défile
ce qui n’est pas encore Rome

on se souvient qu’il y a une heure à peine
on était là-haut
légers
plus haut que les nuages
s’il y avait eu des nuages

de cette légèreté
du nom même de notre gare romaine
on déduit que la Ville sera pour vous
précieuse hostie

je vous la poserai délicatement sur la langue

commenceront alors douces glossolalies
tant de péchés à revisiter
toutes les folies de la croix

 

On poursuit en images, on va tout de suite chez elle, Rose/Églantine, une et plurielle. Elle habite quelque part en bordure de la Villa Borghese ; on va chez elle le soir, et on va chez elle le matin. On y va et on y retourne, car c’est là qu’on aimerait vivre – en attendant ce don, on aimerait frapper à cette porte, boire quelques traits de cette lumière.

 

Chez elle le matin :

 

 

[Rome, été 2006]

 

Chez elle le soir :

 

 

[Rome, été 2006]

 

Il faut apprendre à les connaître, à la connaître. Il faut se promener avec elles, ou renoncer à la promenade. Pas de photos, quelqu’un a soufflé la lumière.

 

Rose Églantine
savez-vous que près d’ici…

vos souriez  vous qui possédez
en matière de géographie
tout ce qu’il faut
la houle des draps
la dérive des corps
le moment choisi
de rompre les digues

Rome restera ce soir
une montre oubliée
à battre résignée
au fond d’un tiroir

 

Cheers, see you soon,

 

Archibald