Retour à l’autoportrait via le reflet. Je propose les deux variantes de L’autoportrait à la Rose, l’accent glissant de la Rose au moi, avec pertes concomitantes et profits douteux :

 

 

[Marche-en-Famenne, printemps 2006]

 

 

 

[Marche-en-Famenne, printemps 2006]

 

Dans ces deux autoportraits le rideau est un élément crucial ; il cache et révèle ; la photo n’est pas prise de derrière le rideau, mais le rideau s’interpose, fait obstacle ; la Rose reste hors jeu, elle s’affiche comme Objet ; sa double apparition dans la seconde photo fait en sorte qu’elle reste cet Objet, même si le flou semble la rejeter dans le ‘décor’ (simple convention de lecture, faut-il le dire) ; le regard est masqué par les doigts et le rideau agit comme un store ; c’est l’appareil bien plus que le photographe qui est promu. Ceci me permet d’introduire un bref fragment de mes Fragments – l’Auteur a tout intérêt à rester modeste, l’auteur de la photographie, j’entends ; il s’est contenté de saisir un cadeau que le réel lui tendait à deux mains.

Ainsi :

L’auteur

 

Qui est l’auteur d’une photo ? Le français devrait nous mettre en garde – on y prend des photos. On ne les dérobe pas nécessairement, mais on les prend – elles étaient là avant qu’on ne les prenne. On ne suivra pas tout à fait la langue, mais on se souviendra d’elle. D’une part, la modestie sera de rigueur. D’autre part, on fera la part des choses – et pas seulement dans le cas de la photographie d’œuvres d’art de nature plastique ou iconographique, qui n’avaient pas besoin de la promotion que la photo peut leur offrir, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne peuvent pas en bénéficier. En bref, on n’est pas plus l’auteur exclusif de la photo d’une chaise que l’auteur de la photo d’une des toiles de Van Gogh dont la chaise est le sujet. Essentiellement et avant tout, le photographe prélève, il découpe, parfois il arrache. Il y a toujours dans la photo tout ce qui n’est pas sur la photo, et qui essentiel à la photo (d’où ce malaise face aux photos où le cadre est celui qui convient – ou convenait – à la représentation picturale). Le poids du hors cadre est évidemment très variable, mais ne peut être réduit à néant. Dans le cas de l’arrachement il y a une souffrance dans le prélèvement, et cette souffrance peut être le sujet photographique au sens de Van Lier.

Le photographe choisit, découpe, isole, présente, prélève. C’est peu, c’est beaucoup, c’est souvent assez.

 

La seule action inévitable est cette découpe. Elle s’opère même si je ne le veux pas, de par la finitude de la photo. J’ai tout intérêt à l’assumer, cependant, car c’est d’abord elle qui définit mon travail de photographe.

 

Revenons à nos moutons (retombons à nos coches, comme disait Montaigne). On peut aller beaucoup plus loin dans la distorsion que le reflet offre et dans la restriction de ce qu’il laisse voir. Je donne l’exemple de Good vibrations :

 

 

[Trégor, hiver 2006]

 

Le photographe est pris dans le tourbillon ; son centre est son œil, mais cet œil est l’objectif, rappelé par la petite bulle qui est le centre réel de toute la photo ; au lieu d’arrêter la mouvance, il y participe joyeusement dans l’esprit de good vibrations ; c’est une photo joyeuse et sereine, la sérénité provenant de l’équilibre des masses, le reflet construit en Mont Saint-Michel assis sur la courbe plus claire, laquelle n’est pas de l’ordre du reflet.

 

Next week some more of the Fragments – not to worry, I’ll soon be done with them, and so will you…

 

See you then,

 

Archibald