Genus words

 

Il barbiere era stato un errore, si disse, avrebbe dovuto fare una lunga passeggiata  o prendere una barca e andarsi a sbracciare sul Po, muoversi, sfogarsi fisicamente, tener lontana la mente dal pensiero fisso di stasera.

 

(Fruttero & Lucentini, La donna della domenica, Oscar Mondadori, 1972 : p.13)

 

 

Il est intéressant de considérer les rapports de filiation thésaurique établis par le biais de la copule. Partons d’un exemple tout simple :

6. Le vélo que j’ai acheté hier est une superbe machine.

La copule joue ici le rôle du isa des réseaux sémantiques. Bien sûr, l’établissement du rapport isa entre vélo et machine est la clé de la désambiguïsation du mot machine (GR : -D. Spécialt. (1817). - 1. Véhicule* comportant un mécanisme. - Vieilli. Un cycliste, un motocycliste sur sa machine).

On quitte bien vite la relation de type thésaurique, et on constate alors que l’individu posé n’est plus notre répérable de tout à l’heure :

7. Le vélo que j’ai acheté hier est ma deuxième grosse dépense du mois / un simple prétexte / une pomme de discorde entre ma femme et moi / une grosse bêtise / etc.

S’agit-il d’une copule de recatégorisation ? Pas vraiment. Il doit y avoir réinterprétation d’un des deux éléments, soit le sujet, soit l’attribut, et on constate que c’est le sujet qui accomplit la totalité ou à tout le moins la plus grande partie du chemin (dans mon coiffeur est un ange, il y a sélection de l’interprétation métaphorique lexicalisée de ange, et non réinterprétation).

Considérons de plus près le mécanisme de réinterprétation, en partant d’un énoncé réel bien que second (c’est-à-dire appartenant à la littérature) :

8. Il barbiere era stato un errore. (Fruttero & Lucentini, La donna della domenica, Classici Moderni, Oscar Mondadori, 1972:13) [ Le coiffeur avait été une erreur.]

Si on lit le roman, on arrive sans peine à interpréter ‘le coiffeur’ comme ‘se rendre chez le coiffeur (pour se faire couper les cheveux)’. On se demandera s’il faut vraiment lire le roman pour arriver à une réinterprétation aussi évidente. On se souvient de la théorie des qualia (voir ci-dessous 3.9). À un nom peut être associé une fonction ou un rôle de base, celui du coiffeur étant de couper les cheveux. ‘Une erreur’ crée le fossé qu’il faut combler car la catégorie sémantique est celle des actes, pas celle des personnes. On réinterprète donc le coiffeur comme l’acte de se rendre chez le coiffeur pour une coupe de cheveux, et le tour est joué.

Mais cette réinterprétation n’est pas automatique, précisément. Il s’agit d’une réelle réinterprétation, pas du choix d’une acception métaphorique stockable dans le lexique. La phrase de Fruttero & Lucentini tient tout aussi bien si le coiffeur est la troisième personne à éliminer, celle toutefois qu’il eût été plus prudent de ne pas ‘buter’ – il barbiere era stato un errore, la goutte de sang qui a fait déborder le vase des soupçons.

9.Le coiffeur était le vrai problème (comment l’aborder, comment s’en débarrasser, comme s’en faire payer, comment le persuader d’accepter l’expropriation, etc. etc.)

10.La montagne avait été une erreur.
11.La montagne serait un avantage.

Il n’y a pas de fin à ce processus de réinterprétation, qui se met en branle dès que le sens qu’il produit est meilleur que le sens qu’on peut produire sans y faire appel.