Colloques d’histoire des connaissances zoologiques 9

OSBORNE Michael A., “ Le rôle des animaux exotiques dans la culture scientifique et politique de la France du XIXe siècle ”, dans BODSON Liliane, éd., Les animaux exotiques dans les relations internationales : espèces, fonctions, significations. Journée d’étude – Université de Liège, 22 mars 1997, Liège, Université de Liège, 1998, pp. 15-32 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 9). ISSN 0777-2491-9. [En anglais].

Les organismes exotiques ont joué un rôle significatif dans la construction de la science zoologique du XIXe siècle. Leur impact se découvre dans les travaux spécialisés des naturalistes de l’époque, attachés à des musées ou à des universités, et dans le développement de la zoologie populaire. Aux échelons les plus élevés de la communauté scientifique, l’étude des animaux exotiques contraignit les taxonomistes à mettre à l’épreuve leurs systèmes classificatoires, encore expérimentaux ou déjà éprouvés, qui devaient dorénavant incorporer les animaux et de l’Ancien et du Nouveau monde. La réflexion sur le connu et l’“ exotique ” a conduit des savants comme Darwin, Wallace, Lamarck à développer les théories évolutionnistes ou transformistes pour expliquer la grande diversité de la nature. Par ailleurs, l’expansion des empires européens eut, entre autres conséquences, d’amener un nombre croissant d’animaux exotiques sur le vieux continent. Ils exercèrent, au sein des populations, une fascination qui se perçoit aussi dans la fondation de jardins zoologiques publics : à Paris (1793), Londres (1828), Amsterdam (1839), Berlin (1844). L’exposé discute la provenance de nombreux animaux exotiques qui suscitèrent l’interrogation des savants comme du grand public dans le monde francophone, et l’argument selon lequel les animaux exotiques peuvent constituer des “ mandataires des empires ” ou des “ symboles de l’impérialisme ”. Beaucoup, sinon la majorité des animaux exotiques qui atteignirent les jardins zoologiques et les collections des musées français furent des objets d’échanges politiques ou, plutôt, politico-scientifiques. Le but sera moins de décrire les espèces qui furent échangées ou offertes que d’examiner, à travers des exemples choisis, les conditions dans lesquelles se déroulèrent ces échanges, de l’ère napoléonienne à la fin du XIXe siècle. Le recours à l’échange d’animaux exotiques, devenu peut-être moins visible qu’il ne l’a été jadis, est resté un élément symbolique du processus politique, y compris à l’époque moderne.

LIMET Henri, “ Les animaux enjeux involontaires de la politique (au Proche-Orient ancien) ”, dans BODSON Liliane, éd., Les animaux exotiques dans les relations internationales : espèces, fonctions, significations. Journée d’étude – Université de Liège, 22 mars 1997, Liège, Université de Liège, 1998, pp. 33-51 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 9). ISSN 0777-2491-9. [En français].

Les échanges de cadeaux entre rois ou hauts personnages ne manquaient pas dans l’antiquité orientale, mais il était rare que des animaux fussent offerts, en dehors de chevaux. La générosité ne jouait pas un grand rôle en l’affaire, mais plutôt les calculs politiques. Aussi les souverains glissaient-ils facilement du don vers le tribut exigé et même vers le butin que les armées emportaient sans ménagement. Les Annales assyriennes sont remplies de récits de batailles, de sacs de ville, avec massacre et déportation des habitants, mais cette littérature de propagande, qui va de pair avec une iconographie du même type, recèle aussi chez les rois assyriens d’autres préoccupations. C’est ce point qui sera examiné, en particulier la curiosité à l’égard des animaux exotiques, le souci de les montrer et de les élever en cages, avec, sans doute des arrière-pensées politiques. La présence en Assyrie d’animaux peu ou mal connus auparavant a eu une influence possible sur certaines formes d’art, à moins que ce ne soit l’intérêt renouvelé pour la nature qui ait développé le goût pour l’exotisme, faune et flore.

LANATA Giuliana, “ Les animaux dans la jurisprudence romaine ”, dans BODSON Liliane, éd., Les animaux exotiques dans les relations internationales : espèces, fonctions, significations. Journée d’étude – Université de Liège, 22 mars 1997, Liège, Université de Liège, 1998, pp. 53-79 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 9). ISSN 0777-2491-9. [En français].

Contrairement à l’attente, la jurisprudence romaine est muette sur la réglementation du commerce et l’importation des animaux exotiques. Le constat de carence auquel aboutit l’inventaire exhaustif du corpus résout donc par la négative l’importance de ces animaux pour les juristes antiques et, en cela même, il ne laisse pas d’être instructif. Les données abondent, en revanche, sur les types d’animaux que l’interprétation jurisprudentielle ne dédaignait pas de prendre comme objets d’analyse. L’exposé vise à fournir une première réflexion sur les animaux qui sont ainsi “ donnés à voir ” dans le monde économique et social réglé par le droit romain.

LAURENT Érick, ” Les animaux, cadeaux de l’étranger et tributs des provinces, d’après les textes ‘mythologiques’ japonais ”, dans BODSON Liliane, éd., Les animaux exotiques dans les relations internationales : espèces, fonctions, significations. Journée d’étude – Université de Liège, 22 mars 1997, Liège, Université de Liège, 1998, pp. 81-105 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 9). ISSN 0777-2491-9. [En français].

Les plus anciens textes japonais (VIIIe siècle), Kojiki et Nihonshoki, présentent un panorama du Japon depuis les origines, en mêlant mythologie et histoire, à travers mythes, légendes, épopées des dieux et des empereurs, rescrits impériaux, coutumes et croyances populaires. L’inventaire des animaux mentionnés dans ces textes révèle que, dans plus de 60 cas (sur un total de 411 occurrences), il s’agit de cadeaux et tributs soit de l’étranger, soit des provinces. Ceux qu’offrent les provinces sont de bon augure en raison de leur rareté. Pour l’empereur, ils sont le gage que son administration est appréciée et, pour les donateurs, une source d’avantages matériels supplémentaires. Les tributs provenant des pays étrangers, en particulier la Corée, sont souvent constitués d’animaux rares (chameau, paon, perroquet, etc.), lesquels restent peu communs dans le Japon contemporain. À l’époque, le véritable enjeu s’est situé plutôt dans l’influence coréenne touchant l’acquisition des savoirs et techniques relatifs, d’une part, à l’élevage des chevaux et à l’équitation, de l’autre, à la fauconnerie. Ces connaissances ont été beaucoup plus décisives pour l’avenir du Japon que les tributs et cadeaux composés d’animaux rares, qui ne différaient guère, en ce qui concerne leur fonction sociale, des présents des provinces.

MATHIJSEN August, “ Des chevaux pour le Shogun. Importation des chevaux et des connaissances vétérinaires dans le Japon du XVIIIe siècle ”, dans BODSON Liliane, éd., Les animaux exotiques dans les relations internationales : espèces, fonctions, significations. Journée d’étude – Université de Liège, 22 mars 1997, Liège, Université de Liège, 1998, pp. 107-131 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 9). ISSN 0777-2491-9. [En français].

Depuis le commencement du XVIIIe siècle jusqu’à l’ouverture du pays en 1856, les seuls contacts entre le Japon et l’Europe ont été entretenus par la Compagnie Unie des Indes Orientales (V.O.C.). Un comptoir (factorij), installé sur l’île artificielle de Deshima, près de Nagasaki, était la plaque tournante des échanges qui se déroulaient selon une stricte réglementation. Une fois par an, la délégation hollandaise devait se présenter à la cour du Shogun, située à Edo (soit une distance de 1000 km). Certains Shoguns ont utilisé ces occasions pour enrichir leurs connaissances des sciences et techniques occidentales. Le Shogun Yoshimune en particulier, qui règna de 1716 à 1745, manifesta beaucoup d’intérêt pour le Rangaku (c'est-à-dire “ les connaissances hollandaises ”). Constamment, il chargea les commandants de Deshima de lui apporter des livres, des instruments, mais aussi des plantes et des animaux européens ou connus en Europe. Ses demandes ne manquèrent pas d’être satisfaites au nom des bonnes relations commerciales entre les deux États. C’est ainsi que paons, dindons, autruches, chiens de chasse, chevaux, etc., atteignirent le Japon. En outre, à deux reprises, un écuyer hollandais séjourna à la cour pour y enseigner les méthodes de l’équitation occidentale. Il contribua ainsi à diffuser au Japon les connaissances vétérinaires et zootechniques européennes.

PASTORET Paul-Pierre, “ Animaux exotiques et maladies contagieuses : un dilemme ”, dans BODSON Liliane, éd., Les animaux exotiques dans les relations internationales : espèces, fonctions, significations. Journée d’étude – Université de Liège, 22 mars 1997, Liège, Université de Liège, 1998, pp. 133-138 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 9). ISSN 0777-2491-9. [En français].

Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire de l’élevage, les épizooties constituent pour les responsables du bétail et des animaux domestiques une préoccupation permanente. Les sociétés modernes tentent de s’en préserver par l’application de mesures de prophylaxie sanitaire ou médicale (vaccination). L’application de ces mesures conduit à la constitution de troupeaux indemnes qui sont, dès lors, menacés par l’apport exogène de “ virus ”. Cet apport peut se produire par l’introduction d’animaux sauvages exotiques, réservoirs silencieux ou non des germes responsables. Ce thème sera développé en prenant comme exemple la rage et l’existence d’une souche dite cosmopolite du virus rabique, la peste bovine, la peste équine, la peste porcine (classique ou africaine) et la fièvre aphteuse. À l’inverse, les animaux sauvages importés peuvent être victimes des pratiques industrielles, comme l’ont été tous les pensionnaires de jardins zoologiques, récemment décédés d’encéphalopathie spongiforme.

BODSON Liliane, “ Contribution à l’étude des critères d’appréciation de l’animal exotique dans la tradition grecque ancienne ”, dans BODSON Liliane, éd., Les animaux exotiques dans les relations internationales : espèces, fonctions, significations. Journée d’étude – Université de Liège, 22 mars 1997, Liège, Université de Liège, 1998, pp. 139-212 (Colloques d’histoire des connaissances zoologiques, 9). ISSN 0777-2491-9. [En français].

Les plus anciennes indications un tant soit peu assurées de la tradition grecque sur le rôle des animaux exotiques dans les relations entre les souverains ne remontent pas au-delà du règne d’Alexandre de Macédoine (333-323) et concernent les représentants d’espèces sauvages et domestiques qui lui furent offerts au cours de son expédition vers l’Inde. Les auteurs signalent les caractères les plus remarquables des spécimens présentés, mais ils n’approfondissent pas la question du principe de ce genre de cadeau. Ils n’explicitent guère davantage quelles qualités générales ou particulières rendaient l’animal prélevé dans une faune ou un élevage indigènes apte à servir les intérêts réciproques du receveur et du donateur. Les animaux de l’Afrique et de l’Asie ont pourtant attiré l’attention des Grecs dès une haute époque. Mais toutes les espèces qu’ils ont répertoriées ne sont pas envisagées sous l’angle de l’exotisme. Celles qui le sont permettent de dégager quelques-uns au moins des critères d’ordre naturaliste et anthropologique en fonction desquels elles ont été appréciées et d’entrevoir, à partir du cas limité de l’Antiquité grecque, les concepts sous-jacents à l’utilisation des “ animaux venus d’ailleurs ” comme instruments de la stratégie diplomatique.